Je vous en dirais trop

Pour tous ceux qui demandent que l’on pavane l’exigence
pour tous ceux qui quémandent les preuves d’une flamme encore vivante
qu’on puisse lever la tête et croire à la fin du supplice
alors j’en fais ma quête, mon crédo à votre service

Je vous en dirais trop.

Je vous donnerais poèmes et j’inventerais l’élixir
des sentences immortelles que l’éphémère viendra servir
j’vous écrirais des vers dont même au loin, quelques esthètes
pourront se satisfaire et mettre un laurier sur ma tête

J’irais chercher partout des mots perdus, encore au front
que des phrases arrogantes toujours en guerre ou en mission
ainsi faire la distance entre l’arnaque des soumises
rimes vides ballantes dans le néant de la bêtise

Sortent déjà des artistes, charisme à bord des insoumis!
Tous les chercheurs de l’or impétueux d’la poésie
des musiciens reviennent fendre le coeur de la musique
des écrivains réveillent des pages en témoins authentiques

Mais toujours des râleurs quand vient enfin l’émulation
toujours des maraudeurs pour semer des qu’en-dira-t’on
à chercher la grandeur encore dans des coins oubliés
à glaner la laideur sous les feuilles mortes du métier

Les déçus j’les entends face à un bien trop grand silence
tout pendus aux jugements tout contrefaits, faites confiance
quand la chanson se forge avec tout le poids d’un symbole
tant de cris dans la gorge, l’âme dilatée dans du formol

Ce qu’il en sort n’est pas que le résultat d’un calcul
d’une expérience à froid pour un classement du ridicule
mais plutôt la sentence qui tombe de son propre procès
vos huées sont clémence après les coups qu’on s’est donné

Je vous en dirais trop.

Je demande à l’audace d’assurer la sécurité
de cette envie tenace qui nous étreint d’évoluer
un pincement au coeur vers le passé un peu chagrin
crie famine d’honneur, à nous de lui tendre la main

…crie famine d’honneur, à nous de lui serrer la main

Marie Cherrier

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