Spectacle

Être près de tout, assis au bout de la Terre
être sûr de tout, savoir encore être fier
et grisé des embruns, salés, collants au visage
heureux d’être seul en attendant l’orage

Sauver ses pensées d’une dépression inutile
longtemps en apnée d’une pression sous-marine
les ramener à terre sous un beau paysage
savoir être en mer sans faire la gueule au rivage

Déboulent sous mes rochers des hommes gras dégueulasses
trop blancs à faire pleurer leur peau qui brûle à crier grâce
taclent du pied les vagues et se barbouillent de brume
dégueulent sur le sable sans se cacher de la lune

Ignorants la sentence d’une offense à la plage
n’entendent crier « Revanche! » dans le tonnerre de l’orage
investissent les lieux sans demander pardon
quelqu’en soient les dieux, ils ont oublié les noms

La lune qui est une reine au grand goût du spectacle
soudain tire sur sa traine qu’elle retrousse au pinacle
de sa robe nuit, les flots givrants les étoiles
et libère la pluie, couteaux frappants sur la toile

Virtuose des caprices elle tient à tout leur jouer
ce soir elle est artiste et fait tourbillonner
les vents mêlés aux pointes, shurikens en rafale
d’ici j’entends les plaintes et la pitié qu’ils réclament

Mais le ciel est percé, filent de violents courants d’air
balayant les békés au feu de Jupiter
bringuebalants imbéciles aux astres accrochés
au-dessus de mon île, histoire de se rappeler

Au coucher du soleil, un lever du rideau
le tonnerre officiel, brigadier du tableau
je laisse à mes idées un sourire revanchard
qu’il est bon de rêver, et perdre la mémoire…

Marie Cherrier