Le Temps des noyaux

LE TEMPS DES NOYAUX (Marie Cherrier)

Un bon souvenir là-bas avec Stéphane. Entre Craonne et Oulches-la-vallée, par deux fois on est allés fouler ces plaines pour filmer tout ça. J’avais envie d’être toute boueuse pour me sentir avec eux, les poilus qui s’étaient battus là. Sauf que nous on avait ma 307 pour décamper si on se faisait une frousse à les sentir revenir les boches !

Quand on y pense vivre en temps de paix est une chance.
Du temps ordinaire pour nous, pauvres petites gens, mais qui pouvons du coup, devenir grands.
Fallait voir eux leurs projets d’avenir… Mutilés ou cinglés, abonnés aux cauchemars, ils l’auront payé de leur vie même si ils n’y ont pas laissé leur peau à cette foutue liberté.

Aujourd’hui c’est pas pareil. On fait la guerre ailleurs, on les voit pas les morts. C’est pas sur nos terres qu’ils crèvent, ni sur notre gazon, ça fait plus propre, d’accord. Et puis c’est pour les droits de l’homme y paraît...
Mais nous faut quand même qu’on se plaigne hein ! Allez qu’on en rajoute, qu’on dit qu’on n’a jamais été si esclaves, aussi dépressifs, aussi perdus ! Et c’est vrai qu’on l’est. Comme eux n’avaient jamais été si terrorisés, si blessés, si morts.
Nous on est morts… vivants.
Ce qui est mieux du coup, parce qu’on peut toujours se réveiller.

Droit devant,
mais tête haute.

 

Le temps des noyaux, tournage

(cliquez sur l’image pour un diaporama – Photographies de José Dubois)