Catégorie : Pensées

Ils sont drôles eux…

Ils sont drôles eux…
Mais enfin plus personne ne sait ce qu’est la lutte dans ce foutu métier ? Ils me disent de faire des reprises, qu’y a plus de subventions pour la chanson… Que le marché a changé…

Subventions…
Quoi reprises..?
Quel marché ?

ET LA BATAILLE ALORS ??? Je laisse la place c’est ça ? Qu’on dise après que la chanson française c’est plus ce que c’était ?
Mais je m’en fout de votre marché enfin ! De quoi voulez vous que l’on s’inspire si tout le monde baisse les bras ?
Si il ne doit rester qu’une petite flamme alors je veux brûler. Après ça re-grandira, d’autres l’élèveront à leur tour, ils feront mieux, parce qu’on aura fait de notre mieux. Et la poésie, les mélodies, refleuriront. Voilà. Dites vous n’avez pas beaucoup d’espoir vous ! Vous pensez peut-être être à la fin de la chaine ? Vous pensez que parce que vous n’y arrivez plus la chanson doit s’arrêter ?

Non, je n’irais pas faire l’andouille dans The Voice à chanter des reprises pour tirer mon Salut du jugement de Jennifer et Florent Pagny. Parce qu’au lieu de Salut ça s’appelle du tapin, et c’est ne jamais avoir vu l’envers du trottoir que de conseiller à un ami de faire ce pas là.

Eh, si vous ne vous rendez même pas compte que vous allez droit à l’envers je peux bien attendre ici, sans rien faire je serais vite loin devant !
Si vous cherchez une carrière pour votre seule personne alors oui, vous voilà foutus, dans un métier pervers, égoïste et mafieux. Vous y serez jetés comme des rien-du-tout. Bien fait. Faites de la musique pour enjouer, rassembler, raconter, lutter. Et là réjouissez-vous parce qu’il y a du boulot ! Vous ne serez nul part plus utiles.
La poésie est à la rue, tant mieux. Que la télé d’aujourd’hui la boude est un certificat de noblesse.
Dans ce camp je n’y suis ni par dépit, ni par calcul c’est sûr…, mais pour l’honneur. Pour les gens aussi, qui m’invitent jusqu’à chez eux pour écouter mes chansons.
Alors ne me parlez pas de recyclage pour ma carrière hein ! De ce qui me mènerait à un succès plus rapide et plus certain si c’est le chemin des putassiers et des hypocrites ! Mais c’est vexant à la fin ! Qu’est-ce que j’ai bien pu écrire pour être si mal comprise ??! Dites-moi que vous n’avez jamais écouté mes chansons je préfère !
Vous me souhaitez du courage… Mais c’est à vous qu’il faudra bien de l’aplomb pour relever la tête ! Crispée de s’être trop soumise à des nains imposteurs, la mort commencera par votre chef en terre, un plongeon forcé vers la honte infinie.
La vie pour vous s’en ira avec votre dernier soupir, si ce n’est avant ! Certains vivent par habitude, le corps ne s’apercevant même pas que l’esprit est foutu, il continu de boire, de manger ou de marcher. Mais vide de sens il ne sert plus à rien ni à personne. Alors quel but de finir ainsi ? Ma vie à moi s’éteindra avec le cœur des gens que mes chansons auront touché. Les gens racontent les histoires, qui continuent de vivre, à travers d’autres encore. Peut être vivront-elles alors mille fois plus loin que mon temps ? …

Pleutres ! Je vous maudit de baisser les bras. De laisser les enfants qu’avec des plans de carrière en exemple. Les éloigner toujours plus du beau et du sensible. Leur cacher la vérité et la richesse, la vraie, celle qu’on ne peut pas se faire voler. Il pourrait pleurer dessus, aimer, grandir…
Vous ? Des postiches que l’on veut oublier ! Et que l’on oubli d’ailleurs. Qui prennent le vent d’un « buzz » et plongent ridicules dans le néant une fois le souffle passé. Mais quelle grandeur franchement ! Et vous voulez que je vous suive ? Et vous me conseillez ? Mais bon sang dans quelle misère êtes vous pour croire bon de la donner aux autres ?? Moi je vais bien merci. La paix de l’âme n’a pas de prix, et malheur à ceux qui pensent pouvoir la racheter plus tard. C’est l’alourdir d’une dette qui vous demandera son dû dans vos jours de misère. Vous vous laissez vêtir de cette petite étoffe de gloire cousue par quelques commerciaux ? Vous aurez froid cet hiver je vous le dis !

Vous ne méritez même pas que je me relise tient.
Je le fais quand même…

Et que vous lisiez ou non ces mots… Qu’ils soient absurdes à votre sens… Ils ne demandent pas à être compris de vous.
Qu’ils parviennent plutôt à ceux qui ne lâchent rien… Leur dire que je suis avec eux.

Loin devant.

 

Ces jours là…

Mercredi 7 janvier, c’est l’attentat à Charlie Hebdo. À 18h30, avec mon vélo à sacoches, un peu en retrait, je suis place Jean Jaurès à Tours. Triste, et pensive. Quelques uns tentent d’entonner la marseillaise, se font siffler par d’autres qui pensent que ce n’est pas approprié, et le silence…  Des hauts parleurs au fond de la place lancent des applaudissements. La foule alors applaudit. Certains se retournent pour voir d’où c’est venu… À ceux qui me regardent puisqu’il n’y a personne d’autre derrière, je hausse les épaules.

Jeudi. Les infos en continue sur mon ordi, je me prépare à partir. À Paris ce soir, puis Bruxelles demain pour un concert privé. Il est midi, c’est le moment de la minute de silence nationale, les images des officiels sur mon écran, les drapeaux en berne, et le son qui s’atténue… Au point que je m’arrête de mâcher mon sandwich. Je m’approche de ma fenêtre, j’entends des sirènes de pompiers et les cloches de la cathédrale… Chacun fait le silence comme il peut. Le son remonte par des applaudissements, la minute est terminée. Je regarde la Loire, elle coule toujours.

Arrivée à Paris, je me gare porte de Vincennes. Je suis au moins sereine pour le parcmètre, peu de chance pour un contrôle aujourd’hui. Je pense au lendemain où je dois embarquer 2 co-voitureurs en direction de Laon, avec la traque des 2 frères Kouachi dans le coin… Ça va bouchonner.

Vendredi matin. Tout le monde à bord, on prend la route de Soissons. On dépasse la sortie de Dammartin-en-Goële au moment où les mecs y sont retranchés. Entourés de sirènes et de voitures de police, je prends garde à faufiler ma 307 sans incident, et à décamper de là vite fait. C’est impressionnant. On cherche les hélicos et on y va de nos commentaires sur les évènements. On se refait l’enquête, on se dit qu’ils nous prennent pour des cons avec le coup de la carte d’identité retrouvée dans la voiture, on fait nos suppositions.
En traversant les maigres forêts où étaient recherchés les tueurs la veille, je remarque aussi que pour se planquer, il vaut mieux une cavale en été qu’en hiver.

On continue à travers les terres picardes, le Chemin des Dames non loin de là, la Caverne du dragon, l’abbaye de Vauclair… Des endroits où je m’étais rendue l’année dernière pour filmer le clip du Temps des noyaux avec Mondino en hommage au centenaire de 14-18. À faire la guerre ailleurs aujourd’hui on se couronne toujours de Droits de l’homme parce qu’on ne voit pas les morts. Mais en Syrie, en Libye… On ne pouvait pas espérer rentrer dormir tranquille longtemps. Je gueule que c’est notre tribut à nos foutus assauts démocratiques et je balance quelques injures contre notre gouvernement.

De Laon à Bruxelles je continue de passer par les campagnes. Un bail que je ne veux plus prendre l’autoroute, et les jambon/beurre sont bien meilleurs dans nos bourgades que chez Total. Je profite du paysage, en compagnie d’Aïcha, qui me raconte qu’elle a fuit la guerre en Côte d’Ivoire pour s’installer à Liège. La guerre civile… La pire de toute. Elle est sans fin. Elle connait. On avance dans les terres du nord maintenant.

Bruxelles, rue de la Croix de fer. J’ai déposé Aïcha, et j’arrive dans le bistrot où je dois laisser ma guitare. La tenancière m’apprend la mort des otages Porte de Vincennes.
Ici on est tout près du parlement elle me dit, alors si quelque chose doit péter… Elle va pour bien fermer son café entre les allers et venues des derniers clients.
 Le soir le concert se passe bien, c’est chaleureux ici. Je commence par ma chanson sur la liberté des mots justement : Ma Parole. Je la chantais déjà en premier il y a tout juste un an, pour souligner l’affaire Dieudonné, quand là ils disaient dans les médias qu’on ne pouvait pas rire de tout… Faudrait savoir.
 
« Ta parole
chez nous devient banale, on surfe sur la toile
on croit la censure sur la touche
mais on s’met le bâillon chaque jour plus serré sur nos bouches
C’est la parole
qui s’envole… »

Je chante un peu tous mes albums, et puis vers la fin, Le Temps des noyaux :

« Aujourd’hui c’est plus votre problème
aujourd’hui c’est plus votre pays
et c’est plus ce con de Nivelle
mais d’autres noms sonnent l’hallali »

Et plus loin…

« Le vent a soufflé sur la haine
il a emporté les larmes
et la souffrance sur d’autres plaines
malgré les cris, ils ne désarment »

Une bonne soirée avec un repas aux boulettes et à la bière, spécialité du T’Bolleke.

Le samedi je traîne en compagnie de Lucien, jeune poète.
On cause, on analyse, on s’insurge, il me fait lire ses textes, on promène nos histoires dans Bruxelles. Je regarde les nouvelles de la France, peur qu’elle s’enflamme… Le soir on assiste dans un petit bistrot à la lecture de poètes qui scandent leurs vers sur le son d’une basse et de cris de mouettes enregistrés. La bière est au prix d’un café et tout le monde fume à l’intérieur. Aux tables d’à côté, au comptoir, des vieux et des jeunes. Deux grands barbus, l’un la tête entre les mains, l’autre le menton appuyé sur le poing, les yeux clos, pour mieux écouter. On se croirait dans un autre temps. Et la femme avec eux on dirait la vieille amie du dabe dans le Cave se rebiffe, celle qui fournit le papier. Mais en plus attaquée, plus populo, maquillée sombre, la cigarette collée entre ses doigts crispés, qu’on imagine bien à côté d’un truand en fin de course sur une photo d’archive.
Lucien me conseille de passer voir Bruges à mon retour, tellement c’est beau.

Dimanche matin, je pars donc vers la Flandre occidentale découvrir la Venise du nord. J’arrive à midi sur la grand’place, devant le beffroi qui carillonne. Je frissonne et j’ai envie de pleurer. C’est le vent, la grandeur du lieu, et c’est toute mon appréhension des évènements qui se passent en France que j’évacue. Je me dis que je reviendrais à 14h faire un bout de communion avec toutes les marches prévues partout. Pas tellement Charlie pour ma part, mais à bloc contre la violence.
Je vais prendre un chocolat chaud dans un bistrot, le bistrot comme dans ma chanson, sans la neige, mais avec le jukebox. Un grand blond se lève de temps en temps pour changer les disques, il a bon goût. Le belge qui parle fort derrière on dirait Jacques Brel. La même dentition, le même ton franc avec l’accent plus marqué. Je lui fait un sourire, je ne sais pas si il m’a vu.
Je traîne, je passe par un petit pont où je jure de reconnaître l’endroit. Yoko… L’astrologue de Bruges.
À 14h je reviens sur la place, et je me dresse face au beffroi avec une allure un peu solennelle. Je me sens un peu seule, pas de mouvement prévu ici. Je tiens quelques secondes. Je traîne encore un peu et je quitte le plat pays en route vers Arras, où des amis m’attendent. Je vais passer par le centre-ville voir peut-être la fin des grands rassemblements dont j’entends parler à la radio et dont l’écho se fait dans le monde entier.
Il est 16h quand j’arrive à Arras, mais il n’y a plus personne sur la Place des Héros.
Ici c’était samedi.
J’admire quand même la place, et je repars trouver mes amis.

Ma voiture s’arrête à un feu, devant un rade dans ces petits villages du nord, tout de brique sombre : le café de l’Union.
Ça me paraît plus concret que l’Union sacrée, comme ils en parlaient à la radio il y a deux minutes. La dernière fois qu’ils nous ont fait le coup, on partait d’un seul homme se faire massacrer au front et pour 4 ans de guerre.

Je me méfie de l’élan du cœur, si facile à manipuler pour ceux qui n’en n’ont pas.

À l’heure de la défense de la liberté de pensée de chacun, est-il permis d’être sceptique ?

Jean-Louis

(lettre à Jean-Louis Foulquier, destinée au livre-hommage imaginé par Pauline Chauvet – qui fût sa fidèle collaboratrice – avec France Inter, pour le premier anniversaire de sa mort)

Jean-Louis.

Je te préviens je risque de ne pas être très objective. Peut-être même je vais t’idéaliser un peu. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu représentes une époque que ça m’embête d’être arrivée à la fin. Tes émissions, ta voix, ton attention pour la chanson… Tu manque..!

Et puis, sans mentir, on en est où maintenant ? L’auto-censure y’en avait quand t’étais là ? Tu vas pas me faire croire qu’aujourd’hui on dit ce qu’on pense ! C’est tout convenu, y’a tout qui dépasse dès qu’on ouvre la bouche ! Toi je m’imagine que tu pouvais. Parce que c’est ça, un personnage. C’est plein de tendresse, c’est costaud, ça cause, dès fois ça gueule, et dès fois ça dépasse.
Alors maintenant je me doute que tu t’en moque de toutes ces bêtises. Mais ici, en bas, t’en pense quoi ? Parce que si c’était libre, la chanson française se porterait mieux. Là je comprends qu’ils chantent en anglais la plupart. Quitte à ne pas dire grand chose, autant qu’on ne comprenne rien.

… J’ai l’impression de parler à mon grand-père. À pester sur nos jours, il serait de la partie lui aussi. En revanche pour parler culture, en dehors des « Vieux de la vieille » avec l’ami Gabin, il préfèrera aller dormir. Il serait pas dans le coin des fois ? C’est Roger son nom, au cas où.. Tu lui dis que je l’embrasse fort.

Vous à partir comme ça les uns après les autres… On dirait pas que vous vous rendez compte, mais l’avenir commence à foutre la trouille.
Toi tu m’aimais bien je crois. J’avais 20 ans quand tu m’as invité à TTC, et tu m’as demandé si j’avais rougie quand j’ai rencontré Cabrel. Je t’ai dis que non, c’est lui qu’a rougi. Ensuite tu m’as invité à Pollen, tu m’as demandé si je faisais de la danse… C’est parce que je me tiens assez cambrée, y’en a d’autres qui me l’ont demandé déjà. Mais du coup tu me mets des ballerines, je flanche en arrière ! C’est pour ça que je porte bien les talons, ça m’équilibre. Et puis bref on a joué là-bas, à Nanterre, avec les copains, et puis je faisais l’interview avec toi, tu me parlais de Renaud, c’était chouette. Et puis les Francos bien sûr. Et puis Pauline, et puis Philippe… Avec Philippe je m’étais fâchée d’ailleurs, je t’ai appelé pour expliquer la situation. Toi tu as dû sourire en coin en me disant que ça s’arrangerait. Moi j’ai dû penser que tu prenais bien à la légère une affaire d’une telle importance et que ça m’étonnerais que ça s’arrange de sitôt.
…Je peux bien te dire aujourd’hui que je ne me souviens même plus du fond du problème.

Mais me voilà maintenant au milieu de mon époque, dans cette foutue chanson française. C’est bien le pire ça le milieu. C’est le sentiment d’être arrivée après, en plus de celui d’être en avance. Un genre de salle d’attente. Ils ont eu de la veine avant non ? À danser le rock et à se balader tous nus avec des fleurs dans les cheveux ! Ils pensaient à leurs gosses des fois ? Parce qu’aujourd’hui y’a plus d’fleur, et personne ne veut aller se rhabiller. Alors tu parles d’inspiration…

Et Pauline dans tout ça… Tu veilles sur elle hein ?


Sans rire Jean-Louis, je veux pas faire des reprises, je veux pas qu’on dise que la chanson française c’est plus ce que c’était, je voudrais qu’une grosse voix tendre comme la tienne berce de nouveau les ondes pour montrer un peu ce qui se passe.

Bon je te laisse, ça va sûrement faire trop long après, ça rentrera pas dans le bouquin. Mais tu sais quoi ? Merci d’avoir fait tout ça. Parce que sinon on ne se rendrait même pas compte, on pourrait pas comparer. Tu as laissé quelque chose…

Toujours pas Roger dans le coin ? Bon, je te mets sa chanson alors. T’aimais bien aussi je crois.

Salut Jean-Louis…

Jaurès…

Jaurès… 100 ans qu’un Villain t’as fais la peau.
Moi, en ce 31 Juillet 2014, j’ai 30 ans. Comme un jour qui passe.
Et si tu voyais…

Si tu voyais ce qu’ils font de ton socialisme ! Pour tout te dire, en 14, ton glas avait à peine cessé de sonner que le monde entier entrait dans la guerre. Re-belotte en 39. Et à croire maintenant qu’ils cherchent à faire la belle…
Mais bon sang, ça ne meurent jamais les salauds ?!!

Tu verras qu’ils viendront couvrir ta mémoire de beaux discours et d’une gerbe de fleurs, tout en pointant leurs armes ailleurs.
De la misère entre les bras, ils vont de par les ambassades, partager quelques embrassades, et nous serrer contre leur cœur.

On a bien compris.
Alors ça manifeste. Et voilà qu’ils interdisent !
Moi comme j’ai grandi, je brandi :

HOLLANDE !
SOUS CE NOM D’UN AUTRE PAYS
ET DERRIÈRE TA VENTRIPOTENCE
POUR QUI ROULES-TU ? ET À QUEL PRIX ?
POUR BRISER LA VOIX DE LA FRANCE !!!

Bien sûr qu’il ne m’entendra pas. Comment pourrait-il entendre des mots, s’il n’entend même pas les cris ? Comment craint-il laisser faire ça ?
Bâtir un tel échafaud, pour la tête d’un si petit roi ? … Gaza.

Jaurès, tout marche à l’envers. Demain n’est qu’une boucle. Et nous nous sommes là, à la croisée du même jour.
Et si on allait à reculons… deux pas en arrière, on l’évite la guerre ? On la refait la vie ?
Comme le temps nous rattrape et semble nous prendre à revers…
La terre.
Si j’étais elle,
j’arrêterais de tourner.

J’ai 30 ans.
Pour y voir une suite, je me recentre sur mon cas et je fais le point sur mon travail. J’ai dû embrouiller les pistes ces derniers temps parce-que c’est à n’y rien comprendre.
Par exemple, The Voice me fait du gringue pour venir chanter sur TF1. Dans le même temps, on m’annule un concert à Chambéry pour cause de mes accointances soraliennes.
Sur le premier point je réponds aux personnes du casting de l’émission pour dire qu’à priori ce n’est pas mon truc, et puisqu’ils insistent pour que je les rencontre, je les rencontre, et puisqu’ils insistent encore quand je les quitte, alors je leur écris un courrier tout ce qu’il y a de plus correct mais pour clarifier mes positions et dire que décidément, et depuis qu’on s’est rencontré, c’est encore plus non qu’avant.
Quand à mon concert annulé, je réponds aussi, pour dire que c’est bien dommage et que peut-être on pourrait discuter, mais personne ne m’en dira plus. La communication est coupée. Le parti communiste local qui organise l’évènement m’a brandi un étendard tagué des mots de Tolérance et de Respect, et s’est planqué derrière.
Seulement au nom de la Tolérance justement, j’aurais bien aimé pouvoir venir chanter mes chansons à Chambéry comme c’était prévu.

Pour finir, un homme m’a envoyé un texte en reprenant la trame de ma chanson pour Renaud (Ben alors quoi ? où je râle en lui demandant où c’est qu’il a mit ses bottes..), mais là c’est pour faire mon procès d’intention à moi, et me demander ce que je fous en citant Soral, et pourquoi je ne suis plus avec vous.
(— En passant, y’a une bande à Renaud qu’est sortie, et, j’y suis pas. Vu les versions des chansons je préfère marcher à l’ombre cela dit. Mais tout de même…)

Alors, voilà.
Je suis avec vous, et plus que jamais.
Sauf que je n’ai plus beaucoup de concert pour vous le faire entendre. Je cherche à retourner sur les routes, sans pour autant renier ce en quoi je crois, ce qui n’est pas simple !

Mais j’ai 30 ans, je sais qui je suis.
Je trouverais bien un moyen de vous le dire…

Marie

Paris, je m’en vais…

Il est 6h… fin Novembre… J’ai allumé 2 bougies, et j’attends que le jour vienne saluer les toits avant de leur tirer moi, ma révérence. Posée une dernière fois sous la fenêtre de mon petit appartement tout vidé la veille, et qui du coup, paraît plus grand.
Je quitte Paris, je voulais marquer le coup. Et profiter du dénuement. Je pense à Balzac dans le Roman de sa vie, je m’étais attachée à sa misère dans ce bouquin… Moi aussi Paris m’a fait les poches. Et je dois dire que ça donne quelque chose, une faim particulière. Pas une faim comme on l’aurait trouvé au 19e parce-qu’on ne crève pas de faim de nos jours, faut aimer les pâtes c’est tout. Ou aimer cuisiner. Parce-que les œufs par exemple, c’est formidable les mille façons de manger un œuf! Et les lentilles ! Pour peu cher on mange très bien avec les lentilles…
Non c’est une autre faim, celle d’autre chose, de ne pas se laisser embourber… dans des lentilles qui plus est.
Alors Paris, salut. Je remballe mes 700 balles par mois pour ta niche, et je m’en retourne près de la Loire. Je lui passe le bonjour ? Non ? La Seine serait jalouse ? M’étonne pas.
Elle est chouette la Loire. Sauvage, fraîche.

Je ne sais pas encore si je suis triste de partir. Mon appartement est vide, et je suis là.
Je repense aux cartons transportés hier… Sans pourtant aimer le superflu, les « machins » et les décorations, c’est pas croyable ce qu’on entasse !
C’est pour ça que c’est bien aussi de déménager de temps en temps, ça fait faire le tri.
Et ça fait faire le point.

Je vais aller traîner mes bottes à Tours tiens.
Moi qui ai toujours vu cette ville comme celle des étudiants et des punks en kaki avec des chiens. Les étudiants, ces drôles de jeunes qui ne veulent pas partir de l’école et qui semblent penser qu’un master de socio et une manif pour sauver Bernarda sont des mentions-bien dans la vie… C’est la ville de Zaz aussi. On veut être heureux comme les pauvres là-bas, donnez moi un sarouel et un kazou !

Mais là, j’ai trouvé une petite maison. Bien sûr qu’elle est toute toute petite. Mais c’est une maison, elle a un jardin avec de la menthe et surtout, quand on ouvre la petite barrière en bois mal foutue au fond, c’est la Loire…
La propriétaire m’a assuré qu’il n’y avait jamais eu d’inondation.

Quand même Paris, pas que j’aime qu’on me retienne, mais j’aurais pensé…
Tu ne crois plus en rien ! Tu jalouses, tu détrousses, tu ternis. Tout ce qu’une femme peut faire à un homme à ce qu’on dit… Sauf que là l’homme c’est moi, alors moi je pars.

Et puis tu magouilles, Paris, j’ai bien vu. Ça fulmine chez toi, c’est mauvais.
Ce mois-ci dans mon quartier du 18e c’étaient les affiches anti-fa. Des drôles eux aussi. Mais pour un grand cirque qui ne fait rire personne.
De Tours alors, mais pas plus mince
permettez moi, une quenelle
de province.

Voilà. Tu déconnes Paris. Tu chantes faux et tu brilles à côté.
Dis je ne t’en veux pas, c’est à nous d’écrire notre page de l’histoire maintenant.
Toi tu restes, et tu demeureras.

Paris je m’en vais
mais pour mieux devenir
sûr que je reviendrais
le temps d’aller grandir
si l’honneur est en route
que des mentons levés
partout sur chaque route
on peut bien exister

Sous les étoiles exactement… France Inter – 05/2013

Régulièrement invitée « Sous les étoiles… » par Serge Levaillant, Marie enregistre ici, avec Riké, une des dernières de cette célèbre (et désormais regrettée) émission. Elle y présente son nouvel album, y chante Ma Parole et Comme tu m’vois, accompagnée de Michael Désir à la batterie et Mickaël Le Bayon à la guitare.

« Merci à Serge Levaillant, Pauline Chauvet, ainsi que toute l’équipe technique de Sous les étoiles, de m’avoir convié si souvent dans ces ambiances nocturnes et attentives… »

Marie

Ecrit par Commentaires fermés sur Sous les étoiles exactement… France Inter – 05/2013 Publié dans Pensées