Catégorie : Chansons / textes inédits

ÇA DORT !

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ÇA DORT !

C’est p’têt l’esprit d’compétition
un père qui court encore dans mon sang
surtout l’envie d’révolution
parce que ce soir j’tiens plus dans l’rang

J’veux pousser les parois d’la Terre
pour trouver un autre pays
avec un p’tit prince en galère
et puis j’partirais avec lui

Carrément sur une autre planète
où le mensonge est assassin
comme ça y’aura qu’des gens honnêtes
coupez les ficelles des pantins

Et si c’est le tribut de l’homme
de plomber la vie d’son prochain
allez vous faire voir aux prud’hommes
moi faut qu’ j’respire, et je reviens

Parce que ça dort ! En vérité
Alors quoi ?
Ça dort ! Et la vie c’est quand ?

Pas besoin de mitraillette
j’suis portée par la nausée des cons
et j’ai ma voix bien que fluette
comme étendard dans l’bataillon

Si c’est pris pour manque de courage
si j’suis la risée des rebelles
j’dirais qu’je rigole du courage
l’arme à la main, aux pieds la stèle

Le ci-gît te glac’ras l’sang
le ci-dessous n’est pas la clé
du plomb pour le firmament
t’f’ras pas monter t’f’ras pas monter

Alors au lieu des flingues catapulte
des rimes et choisi bien tes mots
et s’ils se r’trouvent dans nos insultes
c’est eux qui se troueront la peau

R.

Du cortège « Du rêve à la rue ! »
j’peux vous dire qu’je marche au milieu
c’est bien du ciel qu’on a perdu
on veut récupérer le bleu

Le rouge et blanc dans quelles mains ?
Qui donc en a fait la pesée ?
Comment la rose vous crève enfin
vous qui rêviez de l’embrasser ?

Y m’faudra des preuves pour y croire
collés de brutes assermentées
les rois des cons dans l’isoloir
le sceptre à quel égo voter ?

Moi ma civilité je la donne
tant que je peux au quotidien
et ma voix je la rationne
pour ma révolte et mes refrains

R

Sous la Liberté cette dame
qu’on n’lâch’ra qu’à l’Apocalypse
on défendra toutes les larmes
tous les oubliés de l’Afrique

Oui j’voudrais l’pousser loin le temps
qui vous enlèvera l’eau
votre sel et votre sang
j’voudrais qu’vous r’preniez des kilos

Mais tout ça j’vous l’écris d’où ?
D’une terrasse de café
où je viens d’claquer tous mes sous
j’ m’étais promis d’aller m’coucher

Et d’toute cette série de leçons
que je m’acharne à vous chanter
il ne me reste que mon crayon
et mon front brûlant de concret

Les gens autours doivent m’observer
ou rien du tout, j’peux disparaître
rest’ra que la trace de mes fesses
sur ma chaise qui était mouillée

Mon bataillon a disparu
les insurgés sont ivres morts
retour à la vie de ma rue
‘sont pas délogés les cadors…
Les cadors…
Les cadors…

Ça dort !

Paroles et musique : Marie Cherrier

Spectacle

Être près de tout, assis au bout de la Terre
être sûr de tout, savoir encore être fier
et grisé des embruns, salés, collants au visage
heureux d’être seul en attendant l’orage

Sauver ses pensées d’une dépression inutile
longtemps en apnée d’une pression sous-marine
les ramener à terre sous un beau paysage
savoir être en mer sans faire la gueule au rivage

Déboulent sous mes rochers des hommes gras dégueulasses
trop blancs à faire pleurer leur peau qui brûle à crier grâce
taclent du pied les vagues et se barbouillent de brume
dégueulent sur le sable sans se cacher de la lune

Ignorants la sentence d’une offense à la plage
n’entendent crier « Revanche! » dans le tonnerre de l’orage
investissent les lieux sans demander pardon
quelqu’en soient les dieux, ils ont oublié les noms

La lune qui est une reine au grand goût du spectacle
soudain tire sur sa traine qu’elle retrousse au pinacle
de sa robe nuit, les flots givrants les étoiles
et libère la pluie, couteaux frappants sur la toile

Virtuose des caprices elle tient à tout leur jouer
ce soir elle est artiste et fait tourbillonner
les vents mêlés aux pointes, shurikens en rafale
d’ici j’entends les plaintes et la pitié qu’ils réclament

Mais le ciel est percé, filent de violents courants d’air
balayant les békés au feu de Jupiter
bringuebalants imbéciles aux astres accrochés
au-dessus de mon île, histoire de se rappeler

Au coucher du soleil, un lever du rideau
le tonnerre officiel, brigadier du tableau
je laisse à mes idées un sourire revanchard
qu’il est bon de rêver, et perdre la mémoire…

Marie Cherrier

Dis moi comment on vit

Comme si l’hiver pouvait ne plus être à la mode
comme si la pluie ne tombait que pour nous être commode
comme si les fleurs ne sentaient qu’pour nous faire un parfum
dis moi comment on fait et surtout dis moi d’où on vient

Si les colombes blanches sont pour nous être plus agréables
pour finir les temps noirs, ce par des fins plus acceptables
pour oublier l’Afrique d’un coup d’aile et d’envolées
devine qui mérite et puis dis moi comment on fait

Pour croire que la Terre n’est que le tapis de nos pères
pour essuyer le sang qu’une patrie propriétaire
ose étaler partout et s’en défendre d’un drapeau
j’ne vois que c’qui est fou dans ce que l’on a trouvé beau

Et comment se sentir Être suprême, élu de Dieu
d’On-ne-sait-que-choisir tellement on aime jouer les pieux
à mendier la médaille en portant l’étoile à son cou
en attendant la mer vague par là, engloutis-nous

Loin d’être en toute osmose et près de là posent les roses
rouges et guident nos pas dans les couleurs d’une ecchymose
tels des phares en terre et pour que notre esprit repose
fanent toujours l’hiver, allez dis moi donc quelque chose

Comment recommencer quand on n’a pas fini la suite?
Comme un gout désolé qui nous force à prendre la fuite
Une infinie arnaque d’un monde épris d’apothéose
quelques tours dans son sac et tout est joué pour qu’on implose

Allez tous en personne, allez que les moutons moutonnent
qu’on puisse ne croire en rien et que le soleil dérayonne
comme ces quelques phrases iront se perdre, dérisoires
parmi les mots perdus, les idées folles, iront s’asseoir

Et dans quelques années où les panneaux publicitaires
animeront nos échanges, feront les manuels scolaires
les vieux mots près du feu à se conter maintes histoires
riront bien du chaos et se railleront de nos cauchemars

Un pour tous et pour l’heure que des assauts d’inimitié
tous unis au labeur si l’effort nous est décompté
des bobines en exemple que des scénarios dépriment
des chansons ignorantes où les vers ont peur de la rime

Et dans quelques années où l’on sera comme des ombres
à n’plus savoir compter sur un ami avant la tombe
des sentiments maigris nous proposeront leurs services
la misère à l’appui, boitant sur des cannes à caprices

Des sourires gercés par le froid qui nous sépare
poignées de mains glacées et frigides voix qui déclarent
que nous sommes vraiment frères et bien dans les pas de nos pères
tellement, tellement fiers, et l’aube croît sur l’univers

Loin d’être en toute osmose et près de là posent les roses
rouges et guident nos pas dans les couleurs d’une ecchymose
tels des phares en terre et pour que notre esprit repose
fanent toujours l’hiver, allez dis moi donc quelque chose

texte : Marie Cherrier
musique : Michael Désir
piano : Élio Di Tanna

Je vous en dirais trop

Pour tous ceux qui demandent que l’on pavane l’exigence
pour tous ceux qui quémandent les preuves d’une flamme encore vivante
qu’on puisse lever la tête et croire à la fin du supplice
alors j’en fais ma quête, mon crédo à votre service

Je vous en dirais trop.

Je vous donnerais poèmes et j’inventerais l’élixir
des sentences immortelles que l’éphémère viendra servir
j’vous écrirais des vers dont même au loin, quelques esthètes
pourront se satisfaire et mettre un laurier sur ma tête

J’irais chercher partout des mots perdus, encore au front
que des phrases arrogantes toujours en guerre ou en mission
ainsi faire la distance entre l’arnaque des soumises
rimes vides ballantes dans le néant de la bêtise

Sortent déjà des artistes, charisme à bord des insoumis!
Tous les chercheurs de l’or impétueux d’la poésie
des musiciens reviennent fendre le coeur de la musique
des écrivains réveillent des pages en témoins authentiques

Mais toujours des râleurs quand vient enfin l’émulation
toujours des maraudeurs pour semer des qu’en-dira-t’on
à chercher la grandeur encore dans des coins oubliés
à glaner la laideur sous les feuilles mortes du métier

Les déçus j’les entends face à un bien trop grand silence
tout pendus aux jugements tout contrefaits, faites confiance
quand la chanson se forge avec tout le poids d’un symbole
tant de cris dans la gorge, l’âme dilatée dans du formol

Ce qu’il en sort n’est pas que le résultat d’un calcul
d’une expérience à froid pour un classement du ridicule
mais plutôt la sentence qui tombe de son propre procès
vos huées sont clémence après les coups qu’on s’est donné

Je vous en dirais trop.

Je demande à l’audace d’assurer la sécurité
de cette envie tenace qui nous étreint d’évoluer
un pincement au coeur vers le passé un peu chagrin
crie famine d’honneur, à nous de lui tendre la main

…crie famine d’honneur, à nous de lui serrer la main

Marie Cherrier

L’air du temps

Suite à Bourges c’était la panique
chez les brasseurs de beuz tu vois
moi je t’en fais un cantique
que ton canard peut mettre bas

Je n’suis pas de votre engrenage
qu’un petit cailloux peut bloquer
mais bien du grand air et du large
les caillasses peuvent bien s’accrocher

C’est sur un tapis volant
qu’ j’ai embarqué
et je m’balade sur l’air du temps
qu’ j’ai inventé

Aux lions je préfère les lézards
la crinière c’est bien trop ringard
et sans leur queue ils bougent encore
faut revoir la loi du plus fort

Aux gorilles j’préfère les fourmis
elles au moins elles s’multiplient
vous pouvez bien bomber le torse
elles vous emmerdent en langue morse

Si vous avez gagné des images
du temps des petits écoliers
fallait piger les adages
des fables au dos illustrées

Eh les tontons ! Partez à point
Moi ma tortue c’est K2000
portez vos trônes, les pieds d’airain
c’est pas c’qu’il y a de plus mobile

C’est sur un tapis volant
qu’ j’ai embarqué
et je m’balade sur l’air du temps
qu’ j’ai inventé

C’est sans complexe messieurs
que je tourne le dos
à des zoïles prétentieux
qui donnent cher de leur peau

Pour une critique
à vous casser l’coeur en deux
qui s’rangent à leurs manies s’aigrissent
à qui mieux-mieux

Moi si un trou d’air veut m’faire tomber
j’prendrais une note à une fauvette
qu’importe son nom si elle permet
d’maint’nir l’voyage de ma carpette

C’est sur un tapis volant
que j’veux chanter
et m’balader sur l’air du temps
qu’ j’ai inventé

C’est la croisade d’une ordinaire
qui s’imagine fendant l’air
dans une course magnifique
médaille d’or aux jeux olympiques

Et puis son élan la soulève
et puis c’est pas grave si elle rêve
elle vole déjà haut dans le ciel
et elle sourie dans son sommeil

Paroles et musique : Marie Cherrier